Être ou ne pas être authentique

Préférez-vous un supérieur authentique à un supérieur artificiel? Voulez-vous que votre chef exprime ouvertement ses sentiments et dise ce qu’il pense ou êtes-vous plus à l’aise avec un patron qui joue bien son rôle de chef mais qui n’est ni authentique ni transparent? Par Franziska Tschan, professeure de psychologie du travail à l’Université de Neuchâtel, vendredi 04 septembre 2015, Le Temps

Préférez-vous un supérieur authentique à un supérieur artificiel? Voulez-vous que votre chef exprime ouvertement ses sentiments et dise ce qu’il pense ou êtes-vous plus à l’aise avec un patron qui joue bien son rôle de chef mais qui n’est ni authentique ni transparent?

Quelle question! La majorité des gens préfèrent un chef qui est lui-même à un chef qui prétend être. Idéalement, un chef authentique assume la responsabilité de ses actions et de ses erreurs. Il n’essaie pas de manipuler, il met sa propre intégrité au-dessus des attentes et fait la bonne chose au bon moment.

Posons cette question un peu différemment. Comment réagissons-nous si un gestionnaire annonçant des licenciements le fait de façon froide et détachée? Que pense-t-on d’un chef qui ne montre aucune joie à l’annonce d’un succès? Comment réagissons-nous vis-à-vis d’un supérieur qui, très fidèle à lui-même et très honnête, laisse sortir librement sa colère et sa déception face à un collaborateur, même en présence de collègues?

On ne le félicite pas pour son authenticité, au contraire. Dans ces situations, on s’attend à ce que les supérieurs contrôlent leurs émotions et n’expriment pas librement ce qu’ils ressentent. On s’attend à ce qu’un patron sache motiver les employés dans des situations difficiles, qu’il montre de la compréhension, qu’il se comporte comme un bon chef, indépendamment de ce qu’il ressent.

L’attente que les chefs n’expriment pas authentiquement leurs émotions est particulièrement grande s’il s’agit d’émotions négatives. Si les chefs montrent un sentiment de colère, ils influencent négativement l’humeur des subordonnés, et ceux-ci estiment que leur chef est moins efficace. Dans une étude, les psychologues John Schaubroeck et Ping Shao ont cherché à savoir si cela était vrai dans tous les cas et pour tous les chefs. Ils ont différencié les raisons de la colère exprimée par les supérieurs. Dans un cas, la colère du chef était justifiée par une situation au travail; dans un autre, elle s’est exprimée car le chef était de mauvaise humeur.

Les réactions des subordonnés sont intéressantes. Lorsqu’un chef masculin exprime sa colère pour une bonne raison, ou exprime sa colère car il est de mauvaise humeur, sa réputation de chef n’est que légèrement entachée. Pour une cheffe féminine, la chose est différente. Il est accepté qu’elle exprime sa colère par rapport à une situation au travail, mais pas parce qu’elle est de mauvaise humeur. Dans ce cas, son comportement est évalué de manière particulièrement négative. Dans cette situation, l’authenticité de la cheffe n’est pas appréciée.

Donc, ce qu’on attend de nos patrons est un peu paradoxal: qu’ils ou elles soient authentiques, mais seulement si cette authenticité correspond aux attentes du rôle de chef ou cheffe.

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