“J’ai perdu le pouvoir dans mon entreprise”

Directeur général d’AMI-API, tôlerie et atelier de peinture à Torcé (Ille-et-Vilaine), David Calvez a changé son mode de management, pour piloter une « entreprise libérée ». Témoignage tiré du “Le Journal des entreprise”, publié le 6 décembre 2013.

« En 1999, AMI-API employait 4 salariés dans 300 m². Nous sommes aujourd’hui 30 dans 4.300 m². On pourrait dire que tout va bien. L’entreprise est plutôt saine financièrement (CA : 4 M€), avec environ 200 clients. Mais il faut être à l’écoute des signaux faibles, toujours regarder ailleurs. Nous avons en fait peu de visibilité, avec un carnet de commandes très court qui peut doubler en quelques jours avec des délais clients qui, eux, ne peuvent passer du simple au double. La moitié de nos affaires sont des commandes uniques. Le besoin de réactivité, d’agilité est devenu une nécessité.

Manager avec agilité :
Il devient de plus en plus compliqué de manager dans un tel environnement. Notre obsession, avec le P-dg Gérard David, a toujours été l’anticipation. Mon mode de management répond à plusieurs besoins : la réactivité, l’agilité, un certain bien-être au travail, préparer l’arrivée de salariés qui n’ont pas le même rapport au travail (génération Y)… J’ai découvert “l’entreprise libérée” au Club des jeunes responsables techniques (CJRT) où j’ai entendu parler de Jean-François Zobrist (société Favi). Je suis allé voir qui il était sur internet et je l’ai invité. Par la suite j’ai creusé avec Getz, Deming… Dans leurs écrits, on retrouve une base commune : manager par la confiance, supprimer la peur, partager le pouvoir, favoriser la fierté, éduquer, éliminer les objectifs…Des phrases interpellent, mais c’est plus complexe qu’il n’y paraît. Comment partager cette vision quand on n’a encore rien fait ? Pour AMI-API, il fallait commencer par des actes forts suivis de résultats rapides. Le fait fédérateur : la suppression de la fonction de responsable atelier. Les gens sont autonomes. Résultat : l’amélioration de nos délais.

Tout changement doit aussi commencer par soi-même : cesser de parler mais écouter ; renoncer à tout symbole et pratique qui empêche les salariés de se sentir intrinsèquement égaux ; commencer à partager ouvertement et activement sa vision de l’entreprise ; arrêter d’essayer de motiver les salariés mais mettre en place un environnement qui leur permettra de se développer et s’auto-diriger. Les attitudes comptent autant que les actes. Pour une entreprise libérée, il faut respecter trois processus : vision commune, développement de l’individu, démocratisation du pouvoir par le partage des décisions, de l’info… Si le pouvoir c’est uniquement décider, alors oui j’en ai perdu pas mal !

Management participatif :
Mon premier acte de management participatif est parti du constat que nous avions un métier gourmand en énergies. Nous avons amélioré le process par des briques réfractaires dans notre four de thermolaquage. Puis, on s’est attaqué aux emballages pour terminer par les consommables. L’impact économique est réel : 10 % de CA en plus, 20 % de consommation en moins. On achète dix fois moins d’emballages ! Pas d’augmentation de nos tarifs, malgré la hausse des matières… Les investissements sont nombreux depuis 2010 en automatisation et robotisation.

En 2012, l’équivalent de 20 % du CA a été investi. C’est aussi ce qui assure la pérennité.On n’a jamais parlé de lean chez nous. J’ai recruté une animatrice amélioration continue, capable d’intégrer le concept. Les échos sont positifs. Je veux maintenant aller plus loin dans l’organisation pour travailler sur une certaine polyvalence en cas de suractivité et donner des fonctions “sociétales”. Nous sommes en train de passer du bon sens technique au bon sens humain. »

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