Portrait de Franck Bodikian, DRH de Manpower

Après avoir approché le conseil, la logistique et le bricolage, Franck Bodikian est désormais chargé de gérer les ressources humaines et les affaires sociales pour l’ensemble du Groupe Manpower. Rencontre. Par lesechos.fr, le 26.09.2014

Cet article vous est proposé par Personnel, la revue de l’ANDRH

Tout près du Vieux-Port, rue Coutellerie, à Marseille, un petit garçon joue aux billes tout en rêvant de devenir un sportif de haut niveau dans le tennis ou le ski. En attendant, il monte la garde devant le commerce familial. Dans la rue d’en face, Manpower s’installe. « C’est quoi demande le gamin ? », interpellé par cette nouvelle enseigne moderne avec le logo de l’homme de Vinci qui détonne dans le quartier. « Ce sont des gens qui vont donner du travail à d’autres personnes. Des Américains », lui répond-t-on. « C’est plutôt bien comme idée », s’exclame le garçon qui se destine à suivre les traces de son père, cordonnier de génération en génération dans cette famille arménienne installée dans la cité phocéenne. Plus de trente-cinq ans plus tard, Franck Bodikian, devenu DRH, se remémore cet épisode marquant de son enfance lorsque la direction de ManpowerGroup lui demande de la rejoindre en tant que DRH Groupe, membre du comité exécutif et DRH de Manpower France.

Débuts de consultant

C’est une passion pour l’économie qui a conduit le jeune Marseillais Franck à découvrir les ressources humaines. En 1989, il décroche une maîtrise à la faculté de sciences économiques et de gestion d’Aix-Marseille. Le fonctionnement des hommes à travers la sociologie et l’anthropologie le passionne. Nous sommes à la fin des années 80. La fonction ressources humaines apparaît dans les entreprises. Et l’étudiant enchaîne avec un Master de management international des ressources humaines à l’Ecole supérieure de commerce de Marseille. « En journée, j’étudiais, la nuit je travaillais aux NMPP (Nouvelles messageries de la presse parisienne) pour financer mes études. Si bien que je ne me suis pas occupé de mon stage. Il ne restait plus qu’une offre : un stage à Paris chez Hay Group. Je n’avais jamais envisagé de rejoindre un cabinet américain et de rejoindre la capitale. Un bon stage aurait été celui effectué à proximité de mon domicile ou dans le quartier de Saint-Barnabé, dit-il en souriant. Mais je me suis dit que cette expérience serait un bon observatoire pour le doctorat que j’envisageais de préparer. Mais à l’issue de mon stage, j’ai eu une proposition d’embauche. » Franck Bodikian va rester chez Hay Group trois ans. « Le métier de consultant m’intriguait. Mais le petit universitaire provincial que j’étais y a connu des débuts difficiles. Je me suis accroché. Partir aurait signifié renoncer et connaître l’échec. »

Il crée la fonction rémunération chez DHL

En 1993, il rejoint le groupe DHL. « A l’époque, l’entreprise est une grosse start-up du transport international. Elle est moins connue qu’aujourd’hui. Elle est même interdite sur le sol français à cause du monopole de La Poste. Mais le marché va devenir porteur avec une croissance de 15% par an. » Franck Bodikian y réalisera une grande partie de sa carrière d’abord en tant que responsable rémunérations (compensation & benefits manager). Et à 33 ans, il accède au poste de DRH afin de négocier l’accord des 35 heures. « C’était le pari de la jeunesse et de la mobilité interne. » Il gère alors plus de 2.000 personnes réparties sur 25 sites. Quand l’Américain DHL est racheté par l’Allemand Deutsche Post World Net, le DRH prend les commandes RH de DHL Solutions logistiques.

L’expérience de l’international

Après avoir occupé des fonctions de DRH France, Franck Bodikian qui a le goût de progresser, d’apprendre et d’évoluer veut ajouter une corde à son arc : la pratique des ressources humaines à l’international . C’est le secteur de la grande distribution qui va lui en donner l’opportunité. En 2008, il devient DRH de Bricostore (groupe Bresson Retail Services), qui comprend notamment 27 hypermarchés de bricolage et plus de 2 800 collaborateurs en Europe Centrale. A Budapest, il apprend à « faire des RH avec une autre culture, d’autres habitudes ». Dans un contexte économique mondial difficile, il côtoie des cadres confrontés à une première crise dans des pays nouvellement capitalistes. Mais quand Manpower décide de mettre en œuvre le projet de lancer un groupe en septembre 2013 et l’appelle, il accepte.

Manpower, l’ère du changement

« J’ai toujours aimé les humains et être en relation avec eux. J’aurais pu être entraîneur ou curé. Je suis devenu DRH. Alors rejoindre un opérateur 100% RH est un rêve. Dans l’industrie, le DRH est un modèle mais dans les services, comme le transport, le premier poste de dépense sont les RH. Et chez Manpower, hormis les loyers, tout concerne les RH. » Au siège social de Nanterre, Franck Bodikian retrouve deux anciens de DHL et entretient une affinité élective avec le président Alain Roumilhac. Son défi : « construire un grand groupe de services RH dont le travail temporaire est un levier essentiel, développer les nouvelles marques du groupe présentes sur l’ensemble des problématiques RH des entreprises. C’est un projet qui va faire de ManpowerGroup un leader ». Ses autres chantiers font écho à l’actualité sociale du pays au regard de laquelle Manpower France « a l’ambition d’impulser de l’innovation sociale dans la sécurisation du parcours de l’intérimaire » : renégociation de l’accord prévoyance, refonte de la mutuelle d’ici fin 2015, mise en œuvre de la réforme de la formation, sans omettre « le CDI intérimaire en cours de déploiement dès 2014, au plus près des besoins des clients et des aspirations des candidats ».

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