Rencontre avec Jean-Louis Vincent, DRH de SNCF Logistics

Accompagner l’entreprise dans une stratégie offensive de développement à l’international.

Quand Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, estime le 2 septembre dernier dans Le Monde que « le code du travail est « illisible » et donc « plus respecté », Jean-Louis Vincent « boit du petit lait ». Le DRH de SNCF Logistics se bat sur tous les fronts : dans son groupe qu’il destine à devenir un fleuron international, en matière de protection sociale, en tant que président de Klesia – selon le principe de l’alternance puisqu’il représente le Medef dans le collège employeur – en tant qu’homme politique comme conseiller d’arrondissement de la mairie du 17ème à Paris au sein de la délégation intergénérationnelle…Par Sylvie Aghabachian, le 28/10/2015, les Echos.fr

Impliqué dans le dossier des retraites complémentaires en tant qu’administrateur de l’Agirc et de l’Arrco, Jean-Louis Vincent s’investit aussi dans le secteur du transport et dans le volet formation, en particulier. « La profession du transport est trop éclatée, notre ambition doit être de fédérer les organisations patronales », annonce-t-il. Le temps de travail ne compte pas pour ce fils de marin, originaire de Boulogne-sur-Mer et pour qui « un DRH se doit de s’ouvrir et sortir de sa fonction dans l’entreprise ».

Autodidacte, Jean-Louis Vincent débute sa vie professionnelle au sein de Normandy Ferries, la compagnie de ferry entre la France et la Grande-Bretagne. Au début des années 80, il intègre le secteur de la logistique chez Digital Equipment Corporation en tant que directeur des transports puis directeur logistique France et Europe. « L’entreprise devient numéro 2 mondial au niveau informatique, le chiffre d’affaires se multiplie par deux chaque année. En neuf ans, les effectifs passent de 600 à 6 000 », se souvient-il. Mais quand un chasseur de tête le contacte pour rejoindre Disneyland et créer la fonction logistique, il se lance : «  Le jour de mon arrivée, mon patron américain m’a emmené sur le site, il s’agissait de champs de betteraves et il m’a dit “débrouille-toi” : il fallait créer un entrepôt de 35.000m2 multi-produits pour alimenter une ville de 50 000 habitants avec parcs d’attractions, hôtels, restaurants…Une belle aventure 7 jours/7. »

Dans son bureau de président chez Klesia, un tableau de New York lui rappelle ses différents séjours aux Etats-Unis après l’expérience Disney. Rompu aux méthodes de travail américaines, Jean-Louis Vincent entreprend une formation en MBA à l’International School of Management, dans la ville de Woody Allen dont les citations lui inspirent quelques bonnes leçons de vie. Il est alors directeur logistique des services généraux sur le campus du géant pharmaceutique Pfizer. « Aux Etats-Unis, le premier DRH est avant tout le manager », c’est ainsi que naturellement, il se voit confier le poste de DRH France & Afrique de Pfizer.«  Je devais notamment transformer la force de vente qui avait un profil scientifique en profils commerciaux. Le laboratoire lançait alors le viagra. Nous avons ainsi créé une force de vente sur tout le territoire en un été pour promouvoir ce nouveau médicament ».

C’est dans l’industrie pharmaceutique que le jeune DRH apprend la tension des relations sociales avant de rejoindre le secteur du transport et de la logistique chez Fedex à Roissy en tant que DRH Europe du Sud : France, Espagne, Portugal et Suisse. Il participe à la création du deuxième hub de l’entreprise au niveau mondial après Memphis. Sa mission : former une quarantaine de managers et recruter plus de 1.000 salariés. « Au bout de trois ans, j’ai été nommé DG du hub, mais j’ai démissionné au bout de quelques jours pour rejoindre Geodis car dans les entreprises américaines, plus on monte dans la hiérarchie, moins on a de marges de manœuvre. Et après vingt ans dans des groupes américains, je voulais travailler pour un groupe français ».

En 2003, il prend le pari de relever le défi d’internationalisation de l’entreprise Geodis, qui enregistrait alors 70 % de son activité sur le sol français contre plus de 50 % aujourd’hui. Les chantiers de Jean-Louis Vincent sont donc des évolutions en termes de profils, la gestion du volet RH des acquisitions, et une envolée des effectifs passant de 23.000 à 30.000 en 2008, date de l’OPA amicale de SNCF. En 2014, la filiale Geodis est intégrée au sein de la branche SNCF Logistics qui comprend quatre pôles : Geodis, STVA, Ermewa et Frêt SNCF et multimodal, un ensemble de 10 milliards d’euros de chiffres d’affaires et 50 000 salariés. Jean-Louis Vincent devient le DRH de cette nouvelle entité. « Nous avons des relations fortes avec la SNCF qui est moins vue comme un actionnaire que comme la locomotive en termes d’image d’un groupe. En octobre 2014, nous avons mesuré pour la première fois l’engagement des équipes à travers une enquête de satisfaction dans les 50 pays où nous sommes présents. Nous avons eu 80 % de réponses et un taux de satisfaction de 86% ».

Jean-Louis Vincent a comme projet ambitieux de transformer SNCF Logistics, numéro un en France, 4ème en Europe et 6eme au niveau mondial, pour accompagner son développement international. « Le frêt SNCF ne représente plus que 10 % de nos activités et nous devons construire une vraie branche Transport Logistique de marchandises dans la logique de ce qu’ont entrepris les Allemands avec DHL et DB Schenker. L’ensemble des pôles a été réuni à Levallois-Perret et nous nous attelons à une politique de développement des cadres dirigeants et de mobilité avec un objectif fort de féminisation et d’internationalisation » . Son objectif est de mettre l’humain au milieu de son projet de transformation.

« La mission du DRH est d’accompagner les objectifs du business en mettant l’humain au cœur du système, au centre des valeurs de l’entreprise C’est la valeur ajoutée qui est plus que jamais considérée comme un levier de réussite pour l’entreprise».

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